Éloïse Bouton: Journaliste et féministe free-lance.

Féministe engagée , elle est tombée dans le chaudron du militantisme très tôt.
Vous la connaissez peut-être pour son passé d’ex-Femen et ses diverses actions reprises dans la presse. En 2015, elle écrit un livre: « Confessions d’une ex-Femen » où Eloise raconte son expérience au sein de ce mouvement qui suscite souvent la fascination.
Elle fait partie de ces féministes intellectuelles qui se nourrit chaque jour des écrits et des actions de ses aînés.
Je l’ai rencontré pour la première fois dans un café de Denfert-Rochereau, nous n’avions échangé que par mail et j’avoue que la rencontrer m’a bouleversé .
Ce qu’elle me raconte sur son expérience de femme militante, résonne en moi comme une alarme de conscience.

Entant que femme, nous passons tout au long de notre vie par des situations souvent inévitables comme des dragues lourdes, des agressions verbales, des contacts physiques non désirés. Sans parler de l’inégalité des salaires et la discrimination de certains employeurs lorsque nous faisons des enfants.
C’est difficile à croire mais beaucoup de femmes dans notre société moderne se sentent encore biologiquement inférieures à l’homme et pensent que le féminisme est un combat de femmes marginales et frustrées.
Un des nombreux combats d’Éloise est le très précieux droit à l’avortement. Et oui, nous en sommes encore là. Systématiquement remis en question par des mouvements conservateurs dans nos pays européens dit « moderne ».

En 2013 par exemple, l’ Espagne, sous la pression du parti conservateur, remet le sujet au centre des débats avec l’intention d’interdire l’avortement dans presque tous les cas de figure même lors de la mal formation d’un fœtus. Le sénat à finalement tranché pour une version plus « allégée » avec l’interdiction aux mineurs d’avorter sans le consentement de leurs parents.
Pour défendre ce droit, le 20 décembre 2013,  Éloise à ce moment là Femen, mène une action à l’église de la madeleine où elle mimera l’avortement du Christ et sera par la suite condamnée pour exhibition sexuelle.

Bien consciente des combats qu’il reste à mener, elle se dit aujourd’hui féministe Free-lance et opte pour un militantisme ciblé et plus pacifiste tout en restant libre. Passionnée de musique, elle crée en 2015 « Madame Rap » un site qui recense les femmes du hip-hop à travers le monde.  Milieu où les femmes aussi ont fait leur place dans ce genre musical réputé misogyne.
Elle sera à la suite rejointe par la DJ et Soundesigner Emeraldia Ayakashi passionnée elle aussi de hip-hop.
Ainsi complémentaire, Madame rap est devenu aujourd’hui une référence dans le milieu.

Dans l’interview qui suit, on parle des femmes, du FN, de musique et de sa vision de notre société.

 As tu grandis dans une famille plutôt engagée où ça t’est venu plus tard ?

Non. Mes parents se disent globalement de gauche mais ne sont pas des militants à proprement parler. Les discussions politiques étaient fréquentes mais viraient aussi rapidement au conflit ! C’est à l’extérieur, dans des livres, la musique, l’art, la culture, des associations, au lycée, à la fac ou par le biais des rencontres que j’ai forgé mon engagement.

On pourrait se réjouir entant que féministe d’avoir une candidate à l’élection Présidentielle si haute dans les sondages, sauf, que  pas de chance, il s’agit de Marine le Pen. Ne crains-tu pas que des femmes votent pour elle en ce sens pensant qu’elle incarne une sorte de féminisme ?

 Je pense que les femmes ne sont pas dupes. Marine le Pen fait de l’électoralisme de base et drague du vote à tout-va. Elle a bien compris qu’en 2017, la question de l’égalité et des droits des femmes ne pouvait plus être éludée. Alors, elle s’improvise féministe, et on devrait la croire pour la simple et unique raison qu’elle est une femme. Et bien non ! Il ne suffit pas de citer Simone de Beauvoir et de faire de la récupération de figures historiques ou de prendre une rose comme logo pour être féministe.
 
De toute façon, les faits parlent d’eux-mêmes. Le FN s’est opposé à la loi sur le prolongement du délai de prescription des agressions sexuelles et à la résolution sur la réaffirmation de l’avortement comme droit fondamental. Au Parlement européen, il a voté contre l’allongement du congé maternité et contre le rapport sur la santé, les droits sexuels et génésiques et l’égalité femmes/hommes dans l’UE.
 
Dans son programme, Marine le Pen dit vouloir instaurer un plan national pour l’égalité femmes/hommes et lutter contre la précarité, mais ne dit pas comment et n’explicite pas ce qu’est la « précarité ». Sinon, elle envisage d’interdire la PMA aux couples homosexuels et de revenir sur le Mariage Pour Tous pour en faire une sorte de « PACS amélioré ». Que des mesures qui démontrent le grand féminisme du Front National…

On site souvent en exemple des pays scandinaves en matière d’égalité homme/Femme . Y a-t-il un pays 1er de la classe où c’est la merde partout ?

 Ces pays sont plus avancés que nous sur les questions d’égalité, notamment en matière d’éducation et de problématiques sociétales. Ils ont une approche plus pragmatique que nous et sont moins « bloqués » par le poids de leur histoire. L’Islande et le Royaume-Uni s’apprêtent à voter des lois qui obligent les entreprises publiques et privées à prouver qu’elles payent équitablement les femmes et les hommes. Ils sont davantage tournés vers l’égalité réelle, alors que nous sommes encore souvent dans la théorie.
 
Une récente étude dit que la Suède est le pays où les femmes sont les mieux considérées. Et c’est vrai que sur papier, ça fait rêver! Par exemple, les Suédois.e.s ont des cours d’éducation sexuelle dès l’école primaire, un gouvernement paritaire à plus de 50%, 16 mois de congés payés par enfant et par parent (c’est le premier pays à avoir remplacé le congé maternel par le congé parental en 1974), le droit à avorter l’IVG jusqu’à 18 semaines (et remboursé), des vestiaires transgenres, le droit pour les femmes et les trans de se baigner torse nu à la piscine… Mais ça ne veut pas dire que c’est le paradis. Les écarts de salaires y sont encore importants et les violences sexistes existent.  Tout n’est pas noir ou blanc, il faut aussi savoir reconnaître ce qui fonctionne/dysfonctionne dans chaque pays.

Un sujet qui te tiens très à cœur c’est le droit à l’avortement. Pourquoi ce sujet est encore tabou selon toi ? et pourquoi ce droit remis sans cesse en question ?

Parce que le corps des femmes et leur droit à en disposer reste un tabou majeur. On le voit dans les débats suscités par le port du voile, la prostitution et l’IVG. Dans chaque cas, il s’agit de décider à la place des femmes ce qu’elles peuvent ou ne peuvent pas faire de leur corps. La religion et la morale y sont aussi pour beaucoup. Même s’il est plus progressiste que ses prédécesseurs, le Pape dit encore aujourd’hui que l’avortement était un « péché grave ».
 
Derrière tout ça, c’est la volonté de contrôler le corps des femmes qui est en jeu. Dans l’esprit collectif, il appartient à tous sauf aux concernées. Il est intéressant de noter que quand la société patriarcale agit sur le corps des femmes, dans la publicité, les médias, la politique, la culture, et les objective, les musèle, les culpabilise ou les norme, personne ne s’en offense. C’est la domination intégrée dans toute sa splendeur.

Tu as créé Madame Rap, qui parle enfin de la place des femmes dans le hip-hop. Tu peux nous en parler ?

Madame Rap est un média en ligne qui répertorie plus de 1200 rappeuses du monde entier et publie des interviews d’artistes internationales. Je travaille avec la DJ Emeraldia Ayakashi, qui gère l’identité visuelle du site, la partie événementielle et production, tandis que je m’occupe de l’éditorial et de la com.
 
Nous organisons aussi ce que l’on appelle des cyphers (c’est-à-dire des freestyles où des rappeuses sont invitées à improviser sur des instrus), des soirées avec open-mics, DJ sets et live, des conférences et des ateliers/débats sur femmes, rap et féminismes.
 
L’idée est de rendre aux femmes dans le hip hop la place qu’elles méritent, car contrairement aux idées reçues elles sont nombreuses! Rappeuses, DJs, graffeuses, beatmakeuses, b-girls, elles sont bien là et l’ont toujours été. Mais les médias grand public ont tendance à les bouder, même si les choses évoluent lentement. Ce qui est fou, c’est que le peu d’enquêtes qui existent sur le sujet montrent que l’auditoire du rap en France est plus féminin que masculin. Il est donc important que ces auditrices aient accès à la pluralité des voix qui existent et puissent découvrir des rôles modèles différents et inspirants.
 
Par ailleurs, Madame Rap souhaite aussi lutter contre les clichés rebattus du rap comme « oppresseur sexiste numéro un » en saluant les initiatives d’artistes masculins qui proposent d’autres discours, non stigmatisants et inventifs.  Enfin, nous voulons de montrer que le hip-hop est une fête, et célébrer cette énergie de vie, bouillonnante et multiple.

Quel sont tes projets ?

Plus de projets avec Madame Rap, des soirées, des cyphers et une surprise pour cette été. De mon côté, j’aimerais écrire plus et gagner plus d’argent! J’ai bien l’intention de m’en donner les moyens.

crédit photo : Shehan Hanwellage

Merci à Éloise pour ce moment, de véhiculer si intelligemment des valeurs si chère à notre liberté de femmes et par temps sombre où Marine le Pen est au second tour de l’élection présidentielle,  il est bon de se rappeler qu’en France chaque être humain nait libre égaux en droit.

By | 2017-05-06T21:26:44+00:00 avril 27th, 2017|Inside|0 Comments

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